Marathon de prière : prière pour les migrants le 15 mai 2021 à Međugorje

Dans le sanctuaire marial de Međugorje, en Bosnie-Herzégovine, on prie Marie sous le vocable « Reine de la paix ». Eclairage sur la situation des migrants par le Père Stanko Perica, directeur régional du Service Jésuite des Réfugiés (JRS), thème de la prière du samedi 15 mai dans le cadre du “Marathon de prière”.

Quel est le message marial porté par ce sanctuaire ? Quel est son rayonnement ?

C’est le sanctuaire le plus visité de la région, fréquenté par environ 1,5 million de pèlerins par an – avant la pandémie1. Cette année, Međugorje fête le 40ème anniversaire de la première apparition supposée de la Sainte Vierge. Son message est d’abord un appel à la conversion, à la prière et à la pénitence. De nombreux pèlerins témoignent de la paix et de la tranquillité ressenties à Međugorje. C’est un lieu de confessions car beaucoup de pèlerins se sentent attirés par ce sacrement et il y a toujours plusieurs prêtres disponibles.  Des jeunes croyants se rendent à Međugorje, notamment pour le réveillon du Nouvel An et à l’occasion du festival de la jeunesse qui a lieu en août, pendant cinq jours. Plus de 50.000 jeunes et 400 prêtres du monde entier y participent. Au programme : messe quotidienne, temps de prière et d’adoration, témoignages, processions, rosaire et concert.

Quelle est la situation des migrants à la frontière entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine ?

La situation est malheureusement dramatique. Environ 8.000 personnes sont bloquées en Bosnie, dans l’attente d’une opportunité pour traverser la Croatie, afin de poursuivre leur route vers des pays de l’Union européenne mieux lotis économiquement. Au printemps, tous ceux qui en sont encore capables physiquement tentent de traverser la frontière, laquelle est très surveillée par des gardes nombreux et bien équipés. La majorité doit faire plusieurs tentatives avant, parfois, d’y parvenir. Mais de nouvelles personnes se joignent à eux, venues de Serbie, avec le même objectif.  Le nombre de celles et ceux qui survivent en dehors des camps de réfugiés, se cachant dans les bois ou squattant des maisons et des usines abandonnées, ne cesse de croître. Sans accès à l’électricité et à l’eau, sans vêtements propres, leurs besoins primaires ne sont pas satisfaits. La Bosnie, un pays relativement pauvre et politiquement divisé, ne trouve pas les moyens de gérer cette situation de manière durable. Toute la région a donc les yeux fixés sur l’Union européenne, dans l’espoir que les états plus riches apportent une solution.

Comment l’Eglise en Europe de l’Est prend-elle soin des migrants ? Comment le JRS est-il partie prenante ?

L’Eglise est habituée à prendre soin des migrants qui quittent l’Europe de l’Est, étant donné que ces mêmes pays, à l’ère du communisme et pendant la transition qui a suivi, ont toujours eu un fort taux d’émigration vers des pays plus développés. L’Eglise les accompagnait en créant des « missions » dans les pays de destination, facilitant ainsi leur intégration. Mais en ce qui concerne ces nouveaux migrants venus de l’Est, l’Eglise commence à peine à saisir l’importance de son engagement. Malheureusement, comme dans certains pays d’Europe de l’Ouest, le christianisme est souvent utilisé pour renforcer le populisme et provoquer des actes anti-migrants (Fratelli Tutti, n. 37 et 41).

A JRS, nous essayons de souligner l’importance de construire la culture de la rencontre, qui a été mise à mal dans les pays de l’ex-Yougoslavie (la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie (comprenant les régions du Kosovo et de la Voïvodine) et la Slovénie, NDLR), pendant la guerre des années 90. Nous apportons aux migrants un soutien matériel, à travers la distribution de kits de base, une aide psycho-sociale et juridique mais nous faisons aussi du plaidoyer pour la défense de leurs droits. Nous voulons sensibiliser davantage le public, et particulièrement les catholiques, à ces questions. C’est un travail difficile mais qui est source de grande joie car nous savons à quel point il est vital.

Comment la prière va-t-elle se dérouler le 15 mai ?

Les détails sont encore à préciser mais j’espère que ce temps de prière permettra de « connecter » le message de la Vierge avec le défi des migrations aujourd’hui, ce qui serait une démarche socialement et théologiquement très importante. Pour moi, le message de Međugorje est une invitation faite à chacun de sortir de son attitude autocentrée pour s’ouvrir à la réalité autour de soi. Je pense que les souffrances endurées par les migrants d’aujourd’hui sont dues à notre individualisme, grâce auquel nous pouvons profiter de tous les avantages de la mondialisation et oublier celles et ceux qui n’en connaissent que les mauvais côtés.

Međugorje encourage aussi le pèlerin à adopter un mode de vie plus sobre, qui, selon moi, ne connaît pas d’alternative si nous voulons la Terre pour « maison commune ». Si ne développons pas une culture de la responsabilité et du partage, nous serons toujours confrontés à de nouvelles arrivées de gens fuyant la pauvreté et la misère. Alors j’espère que le temps de prière à Međugorje attirera l’attention sur la situation dramatique des migrants en Bosnie et que la compassion chrétienne inspirera aux dirigeants une attitude plus responsable envers celles et ceux qui souffrent aux portes de l’Europe.

Propos recueillis par Claire Rocher (SNMM)

1 L'organisation de pèlerinages diocésains et paroissiaux est autorisée par l'Église catholique depuis le 12 mai 2019 (NDLR).