<!--
-->

Résumé et commentaire de l’exhortation La joie de l’amour

L’exhortation post synodale La joie de l’amour a paru le vendredi 8 avril. On trouvera le texte sur le site du Vatican (en plusieurs langues, dont le français). On trouve le texte en librairie, par exemple l’édition Bayard-Cerf et autres, l’édition de la Conférence des Évêques de France, pour 4,5 €. Le Vatican a rédigé lui-même un résumé de cette longue exhortation. Cette exhortation, avec l’encyclique Laudato Si, sera plus particulièrement étudiée durant l’Université d’été, Viviers, août 2016.

La joie de l’amour (Amoris Laetitia)

8 choses que l’on peut savoir sur l’exhortation post synodale.

1- Le document est intitulé la joie de l’amour.
C’est une exhortation post-synodale. Exhortation : c’est dire que la perspective est pastorale, le but n’est pas de préciser un contenu de foi ou de réaffirmer/modifier une législation. Post synodale : l’exhortation reprend les conclusions des deux synodes consacrés à la famille d’octobre 2014 et octobre 2015.

2- Un document reflétant une Église synodale.
Le processus de préparation a été plus large que les assemblées d’évêques : consultation des fidèles, plus ou moins bien organisée par les diocèses et les conférences épiscopales, contributions de théologiens, et finalement deux synodes d’évêques (avec quelques observateurs laïcs, dont des femmes, mariés). On se souvient que le pape avait voulu que les débats au synode soient francs, éventuellement divergents ou conflictuels (puisque lui, pape, était garant de l’unité de l’Eglise).
Le pape cite très longuement la Relatio finalis (document final du synode, avec des recommandations approuvées par un vote des évêques). Parfois il introduit ces longues citations par : j’accueille les considérations des Pères… Il arrive que la citation de la Relatio Finalis occupe une page entière. Il faudrait vérifier le point de savoir si toutes les recommandations du synode ont été reprises par le pape.

La joie de l’amour. Argentine, Santa Fé

Argentine, Santa Fé

3- Un document composite.
Le document est long, il fait 250 pages et plus de 320 paragraphes. Le pape déconseille avec humour la lecture générale hâtive du document (& 7). Le plan se trouve au & 6.
On peut commencer par lire les chapitres 4, 5 et 7, véritable livre dans le livre. C’est une méditation sur l’amour, fondement et cœur du mariage, sur la fécondité de l’amour, et sur l’éducation des enfants. Il n’y a que très peu de notes en bas de page. C’est de la main du pape, son style. Il ne s’agit pas ici de mettre en forme les conclusions du synode, pas de référence aux recommandations de la Relatio finalis. Texte unifié, avec quelques citations ni bibliques ni magistérielles : l’écrivain Paz ou Borges, le poète Benedetti, Martin Luther King, le film « Le festin de Babette »… des exemples tirés de la vie courante. Des conseils marqués au coin du bon sens et de la sagesse populaire. Les principes pédagogiques de J. Bergoglio que l’on connaissait déjà : apprendre aux enfants à dire s’il te plaît, merci, pardon, etc…
Plus classiques et agréables à lire : le chapitre 1 est consacré au thème biblique du mariage (de l’amour en premier lieu). Le chapitre 2 est un tableau de la situation actuelle du mariage, inspiré par les commentaires des pères du synode. Le chapitre 3 expose la vision du mariage dans le Nouveau Testament. Et l’acquis du Magistère sur le sujet.
Les amateurs de scoop sur l’accès des divorcés remariés à l’eucharistie ou sur le mariage homosexuel iront lire de suite le chapitre 8 sur … la fragilité. Ils seront déçus.
Le chapitre 9 développe une belle spiritualité du mariage et de la famille.

4- Un document qui s’inscrit dans la continuité du Magistère.
Dans le chapitre 3, le pape reprend et synthétise l’acquis en matière d’enseignement magistériel, de doctrine, d’éthique sur le sujet. Il cite abondamment le Concile, Humanae Vitae (1968), l’exhortation de Jean-Paul II Familiaris Consortio (1981), et l’encyclique Deus Caritas Est de Benoît XVI. Et bien sûr le Code de droit canonique et le Catéchisme de l’Église universelle. Mais il faut prendre garde à la nature de ces citations : Humanae vitae est citée pour son éloge de la conscience du chrétien, et pour dire que les méthodes naturelles de limitation des naissances doivent être encouragées (et on ne dit pas : elles sont les seules permises ou les seules licites, ou…).
Le document est pastoral, il ne veut pas légiférer. Il se situe dans « l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui vivent » dans des situations complexes (&297). Le pape n’aime pas l’expression situations irrégulières, il met des guillemets ou plus souvent il remplace par situations complexes. « On ne doit pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique… il faut seulement un nouvel encouragement au discernement… » (& 300).

5- La nouveauté du document consiste dans l’insistance mise sur des attitudes théologiques, spirituelles et pastorales très anciennes : discernement, souveraineté de la conscience (éclairée), loi de gradualité, accompagnement, primat de la charité…
Accompagnement : l’Église, et surtout ses pasteurs, doit accompagner ses fils les plus fragiles ou qui vivent dans des situations complexes (& 291 et très souvent ailleurs). Le pape utilise parfois un « nous » curieux, on a l’impression que ce nous signifie les pasteurs, mais tous les catholiques devraient pratiquer l’attitude d’accompagnement.
Loi de gradualité : l’être humain connait et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance (&295). Dans le discernement pastoral, il convient d’identifier les éléments qui peuvent favoriser la croissance humaine et spirituelle (&293).
Le discernement doit toujours être pratiqué, avec l’aide d’autres chrétiens ou de pasteurs. Voir & 300 ou 301, mais le thème court tout au long de l’exhortation.
La conscience des personnes doit être mieux prise en compte dans la pratique de l’Eglise. Il faut former les consciences et non se substituer à elles (& 37 et 303).
Lancer à la tête des chrétiens une morale bureaucratique froide (&312) est contreproductif et anti-chrétien. Le discernement pastoral tend à accompagner et à intégrer… les personnes en situation compliquée. Qui doivent s’approcher de leurs pasteurs ou d’autres laïcs… pour trouver un chemin de maturation personnelle.
La charité est la première loi des chrétiens (&306). L’exhortation se comprend à la lumière de l’année jubilaire de la miséricorde.

6- Le réalisme du pape et sa méthode inductive.
Le pape manifeste un grand réalisme sur la condition du mariage. Il parle toujours au pluriel : les familles. Il tient compte de la situation réelle des personnes : pauvreté/richesse, chômage, contexte culturel, handicap, maladie, famille monoparentale, situation différenciée en fonction des personnes et des pays… variété des visages de l’Église catholique dans le monde actuel. Le tout ressemble au fameux polyèdre dont le pape avait déjà fait l’éloge dans un texte précédent. On ne peut réduire la diversité dans le monde actuel.

7- Réforme dans l’Église ou Révolution ?
A court terme, une petite réforme. Qui porte en germe une révolution.
Il n’y a pas de désir effréné de tout changer (&2). Mais on ne résoudra pas les problèmes en déduisant des normes générales à partir de réflexions théologiques et en les lançant à la tête des catholiques. D’ailleurs les débats moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Le pape ne peut pas décider de tout, et il ne veut pas le faire. Ce n’est pas son rôle, dit-il. C’est aux Eglises particulières de prendre (aussi) leurs responsabilités et d’envisager des solutions plus inculturées, attentives aux défis locaux (&3).
Voilà le discours de la méthode qu’on trouve dans l’introduction de l’exhortation. Et plus encore dans l’ensemble des textes de François, dans sa pratique (synode, C9 autour de lui pour les grandes réformes à entreprendre…), dans son rêve d’une Église synodale (voir le discours du pape pour le 50e anniversaire de l’institution du synode, le 17 octobre 2015). Une Eglise catholique synodale, la vision du pape François sur le ministère de Pierre au XXIe siècle, voilà qui pourrait aussi changer la donne dans le domaine œcuménique !

8- L’exhortation en un mot.
La joie de l’amour vécu dans les familles est une bonne nouvelle. L’annonce chrétienne de la famille et de cette joie est une bonne nouvelle. La joie de l’amour, c’est aussi la joie de l’Évangile !

Par Antoine Sondag
le 10 avril 2016.

Commentaire de l’exhortation par le Cardinal Schönborn, archevêque de Vienne : Amoris laetitia par le Cardinal Schönborn