Recension : Jusqu’où peut-on accueillir les migrants ?
Recension de l’ouvrage : « Jusqu’où peut-on accueillir les migrants ? » réalisé par Philippe Orliange, délégué national à la catholicité, pôle Dialogue bien commun et amitié sociale.
C’est à cette question que la journaliste Charlotte d’Ornellas et Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Arras ont été invités à répondre par les Editions Desclée de Brouwer, dans un ouvrage préfacé par Augustin Bourgue, co-directeur du département Politique et Religions du Collège des Bernardins. Sur un tel sujet, et comme le souligne Hélène de Vogüe, directrice adjointe de la communication des Bernardins dans son introduction, l’objectif est moins d’avoir « toutes les réponses sur l’accueil des migrants, mais d’oser nous poser des questions et interroger nos certitudes ».
Parce que cette réalité est complexe et trop souvent obscurcie par des polémiques et des procès d’intention, on ne peut qu’admirer la confrontation raisonnée et argumentée de deux positions. Charlotte d’Ornellas souligne, dans l’état des lieux, le bouleversement qu’entraîne dans les sociétés occidentales un nombre considérable de migrants, alors même que la situation économique et sociale de ces pays, notamment de la France, ne leur permet pas d’en accueillir autant. L’ampleur du phénomène menace selon elle l’harmonie de la société. Mgr Leborgne, sur la base notamment de son expérience à Calais, souligne la dimension humaine de l’accueil des immigrés ainsi que la mobilisation des associations et des citoyens pour l’accueil des migrants.
C’est à partir de ces observations de terrain que tout en estimant que l’État doit exercer ses fonctions de régulation en la matière, Mgr Olivier Leborgne s’interroge plus largement : « qui va construire la justice et la paix ? » et souligne la responsabilité de l’Église et des chrétiens dans le prolongement de l’enseignement de l’Évangile. Charlotte d’Ornellas souligne quant à elle, qu’il faut un dosage entre charité politique et charité personnelle et que l’Église devrait accepter de prendre en compte la dimension politique de la question de l’immigration.
Les perspectives sont également divergentes en ce qui concerne la couverture médiatique du sujet, trop axée sur les crises, la vision sécuritaire du sujet, la dramatisation souvent exagérée, selon Mgr Leborgne, alors que d’Ornellas estime que certaines chaînes d’information ont contribué à une prise de conscience de l’ampleur du problème.
Les tensions entre besoins du marché du travail et besoins de freiner les flux migratoires, la nécessité de prendre en compte les dimensions internationales (et la situation des pays d’origine des migrants vs la crainte de la « submersion ») sont un autre point de divergence.
Une divergence plus fondamentale a trait à la cohérence entre la défense de la vie et la question des migrants. Mgr Leborgne estime que le primat de la défense de la vie ne peut pas être absent des prises de position sur l’immigration, au nom de la défense de la dignité de la personne dans toutes les situations de vie. Charlotte d’Ornellas repousse cet argument en estimant que le respect de la vie humaine n’est pas en cause quand il s’agit de respecter une frontière.
La conclusion du livre permet un rapprochement des points de vue autour de la nécessaire redécouverte par les chrétiens de l’eschatologie, l’attente du retour glorieux du Christ devant nous conduire non pas à fuir le monde, mais à y vivre dans la certitude de la Résurrection et de l’amour de Dieu.
Philippe Orliange, délégué national à la catholicité, pôle Dialogue bien commun et amitié sociale
