Session Retour-Relecture… 2022 !

Echo de la session « Retour-Relecture » par P. Elie Delplace, Coordinateur pastoral de la Cellule Accueil (SNMM). Elle avait lieu du 19 au 22 avril, à Maison Saint-Sulpice (Paris 6ème).

Au terme de l’année pastorale, ce sera le « retour » dans le pays d’origine, l’occasion de retrouver le diocèse d’ordination qui a appelé et confié le ministère sacerdotal. Après quatre à neuf années passées en France au service de la vie de l’Eglise, avec les moments de joie et les « chocs culturels » qu’il a fallu vivre, intégrer ou dépasser. Chaque participant exprime cette conviction : « Je repars dans mon pays avec le sentiment que mon séjour n’a été qu’une goutte d’eau dans la tâche immense de la nouvelle évangélisation. Ma mission ne sera plus la même qu’avant ! »

Après les fêtes pascales, du diocèse d’Amiens à celui d’Aix, en passant par Versailles et Créteil, nous nous retrouvons au Centre d’Accueil des Sulpiciens à Paris, pour vivre un temps de relecture : c’est « une démarche de foi et une chance à saisir. Une technique qui nous façonne pour porter un autre regard sur nos lieux de mission. Trouver les traces du Christ. L’Esprit de Dieu souffle dans l’Eglise. Chercher l’Esprit saint dans nos lieux de mission et nos pastorales. Nous avons rencontré des difficultés mais cela rend la mission vivante. » Il s’agit bien de mettre des mots sur ce que nous avons vécu et de prendre du recul.

Un parcours de formation

« Lors de la session Welcome, des mises en garde avaient chauffé plus d’un ! Le séjour, avec des joies et des peines, nous a permis de cheminer : dans tous les cas, on a grandi spirituellement et humainement ! C’est le moment de rendre grâce à Dieu avant de partir. On n’est plus les mêmes ! »

Durant cette session, nous avons pris le temps de relire cette expérience : Le Père Daniel Pizivin, prêtre du diocèse de Saint-Denis, soulignait : « A quoi ça sert ? Pour nous personnellement : quel est mon itinéraire ? Dans quelle aventure je suis engagé ? Nous poser davantage comme sujet… Interpréter notre vie comme une aventure avec le Christ ressuscité. Relire, c’est relier ! Un moment de vérité qui nous appelle à nous convertir. La foi est un cheminement à faire avec Dieu… Dans notre vie spirituelle : un apprentissage pour nous laisser saisir par Dieu et ne plus vouloir le posséder. »

Ambassadeur du Christ !

« Je me voyais ambassadeur de ma famille biologique, de ma famille diocésaine, de mon pays… Ambassadeur du Christ grâce à la mission confiée par l’Eglise ! Ce mot est resté et je repars avec. Je suis dans une action de grâce d’avoir vécu ce moment en France, sachant bien que ce n’est pas facile de partir d’une culture… Merci au Seigneur de m’avoir permis de vivre ces choses. Merci à l’Eglise de France pour son accueil. Grâce à la langue française, on a eu cette facilité ! Pardon pour nos imperfections. Ce n’est pas facile de partir de chez soi. L’ouverture… Je termine par cette phrase de Mgr Guy Deroubaix, reprise lors de l’intervention de Daniel Pizivin : « J’ai toujours cru que je suis un porteur de Dieu aux autres et pourtant c’est avec les autres que je suis porté par Lui. » Je repars avec cette conviction : C’est Lui qui nous porte. Cela change ma manière de voir : Je suis porté par Dieu avec les autres. »

Expatrié et migrant ?

Daniel Verger, qui a vécu tout un parcours professionnel à l’étranger, en Maurétanie et au Mali, dans le cadre du Secours Catholique, part de son expérience d’expatrié et permet de reprendre les questions sur le développement. : « Un peu partout dans le monde les Caritas se renforcent… notamment les Caritas d’Asie (Inde, Bangladesh). Avec le passage du « faire pour » au « faire avec », nous prenons conscience que nous sommes des co-acteurs ! Une volonté vers laquelle on chemine. Des organisations du nord ont appris à travailler différemment grâce aux Caritas du sud ! »

Il évoque les quatre étapes pour le volontaire, que l’on retrouve également dans le parcours du prêtre fidei donum :

  • La découverte avec le détachement ;
  • L’enjeu de l’adaptation : la désillusion de ne pas porter tous les fruits attendus ; abandonner le désir de toute-puissance ;
  • La mise en projet : servir humblement, je vais faire ce que je vais pouvoir ; désir de porter du fruit ;
  • Envisager le départ : porter du fruit là où je vais revenir. On peut avoir l’impression de ne pas avoir porté de fruits… Se dire que l’on est un pèlerin…

« Ce qui apparaît à la fin, c’est porter du fruit dans ma propre vie. J’ai affronté des doutes et des peurs. Qu’est-ce que je souhaite garder ou qu’est-ce que je souhaite changer dans ce que j’ai vécu ? » Question du lien : distendu avec les personnes lorsque l’on est parti…  Comment entretenir les liens avec les personnes avec qui j’ai créé ces liens forts ? On a la chance que cela soit facilité par les outils actuels.

« La grande question du retour est celle du regard par rapport au plan financier : les confrères vont te poser leurs problèmes, les amis vont exposer les leurs. L’évêque te voit comme quelqu’un qui a un réseau sur lequel tu vas pouvoir t’appuyer pour un projet de nouvelle paroisse, par exemple. Risque d’être stigmatisé ! Tu as ces critiques derrière toi ! L’évêque te voit comme quelqu’un de capable. Cela sème la hantise et c’est difficile de vivre en paix ! »

Comme Abraham !

« Au moment de partir, l’image qui vient est la vocation d’Abraham. Nous avons tout quitté en comptant sur la grâce de Dieu qui nous a envoyés. Nous allons encore quitter pour retourner au pays… Quitter des amis, notre famille ici ! Je retiens ce verset du psaume, évoqué lors de l’intervention de Marcela Villalobos Cid et d’Annie Josse1 : « Je veillerai sur toi depuis ton départ jusqu’à l’arrivée » (Ps 121, 8). Il s’agit de vivre cette dynamique de tout quitter. Durant ces six années, je ne me sentais jamais seul. Je me suis toujours senti soutenu par le Christ. C’est bien ce déplacement intérieur qui m’a touché : d’une culture à l’autre, ça demande un déplacement intérieur ! On sort enrichi de ce déplacement. On a appris beaucoup de choses. Accepter les fragilités des autres et nos propres fragilités dans la mission. Il fallait vraiment écouter et observer : savoir écouter tout homme, les cris des hommes ! Le meilleur cadeau que l’on puisse donner à quelqu’un n’est-il pas de l’écouter ? Ne pas avancer en connaisseur, mais progresser dans l’humilité du Christ avec les paroissiens.  Nous pouvons laisser Dieu se saisir de nos vies… C’est lui qui envoie ! »

Quand on part, on quitte quelque chose : on se déracine, on laisse quelque chose ! Ce n’est pas qu’une traversée de frontières physiques. Il y a des frontières à l’intérieur de nous-mêmes ! En même temps une traversée qui opère des changements en nous. On a changé ! De même, notre manière de voir les choses. Tout départ, tout arrachement est possibilité de quelque chose de nouveau…

« La spécialité du Christ est d’être un Dieu jamais arrivé, jamais installé, un Dieu en Exode sans domicile fixe ! » Dieu se déplace ! Quels sont les signes de déplacement ! Le Seigneur accompagne tout ce cheminement. Il accompagne tout ce qui se transforme en nous ! Partir, être déraciné : le départ devient constitutif de notre manière d’être, de notre personne ! On quitte aussi des certitudes, des assurances ! Partir c’est se tenir en équilibre et il s’agit alors de se tenir en équilibre ! Partir est une étape nécessaire pour se découvrir. « Va vers toi-même ! » dit Dieu à Abraham.

Partir, comme revenir, sont des expériences spirituelles ! On part à nouveau et on revit à nouveau ces départs. S’enraciner là où on est parti et se déraciner pour partir à nouveau ! On est de différents chez nous ! On devient un peu plus catholique, universel !

Pour terminer, je reprends ces différents aspects pour évoquer des pistes à approfondir.

  1. « Le choc culturel »

Les prêtres arrivent avec une expérience riche dans l’enseignement ou des réalités pastorales différentes. En Afrique, ils ont été formateurs de Grand séminaire, ou même Vicaire Général et, arrivant en France, ils sont placés sous l’autorité d’un prêtre plus jeune ! C’est un premier choc qu’il s’agit d’accueillir ! De même, le positionnement des laïcs est bien différent de celui qu’ils ont connu. Il faut le comprendre et vivre ces situations avec beaucoup d’humilité ! Un des participants soulignait le rôle du silence et ensuite de pouvoir reprendre cela avec des personnes de confiance.

  1. L’accueil

« Ce qui m’a marqué, c’est l’accueil à mon arrivée ! J’ai pris trop de poids ! » « Je vais regretter de laisser ces gens-là ! C’est comme une seconde famille ! »

L’accueil est important en France et il est nécessaire qu’il soit préparé par la communauté qui accueille, comme par celui qui vit ce passage. Peut-être faut-il également insister sur la préparation de l’accueil, en amont dans le pays qui envoie. Les conseils d’un prêtre fidei donum ainé peuvent aider à s’y préparer.

Il y a parfois une méfiance ! Il y a eu des abus et il arrive que l’on généralise les choses. Comment aider à intégrer ? La question de l’alimentation est une question cruciale dont il nous faut prendre la mesure, tant pour le prêtre fidei donum que pour la communauté qui accueille. Enfin, il peut être bon de présenter les traditions locales. Il est plus intéressant de présenter ces traditions que de laisser une personne les découvrir par elle-même.

  1. Partir, c’est grandir !

Le fait d’être venu, envoyé par une Eglise et accueilli par une autre Eglise exprime bien la beauté de l’Eglise catholique. C’est une communication et un souci partagés de la Mission dans les pays d’origine et d’accueil. On a vécu de nombreux déplacements mais on s’est intégré, non pas comme des « bouche-trous » mais des acteurs à part entière. Partir, c’est grandir parce que les collaborateurs que nous avons rencontrés, nous ont partagé ce qu’ils sont. Les personnes qui ont vécu une expérience similaire à l’étranger avaient peut-être plus de facilité pour nous comprendre. Certaines personnes pouvaient toujours nous considérer comme étrangers, mais résonne un Bonne Nouvelle : dans le contexte de l’Eglise, je ne suis pas étranger et je ne pourrai pas voir l’autre comme un étranger mais comme un frère ou une sœur.

  1. « Un trait d’union entre deux diocèses »

A plusieurs reprises, les participants de la session soulignent l’importance du contrat entre deux diocèses et du dialogue régulier avec l’un et l’autre des évêques. « Quelles sont les attentes de nos diocèses respectifs ? Faire une pause pour nous relancer vers les missions qui nous attendent. L’expérience acquise ici en France est importante. »

Il nous faut être attentif aux risques : « Attention aux incompréhensions et importance du dialogue avec l’évêque de son diocèse d’origine. Nous devons être à l’écoute de la hiérarchie… » « Comment les fidei donum vont-ils irriguer la vie de l’Eglise ? »

  1. Notre maison commune…

Les interactions sont nombreuses entre les personnes dans notre monde contemporain… Comment établir des ponts pour faire tomber les murs de l’indifférence ? Il n’est pas rare de voir 3 ou 4 continents réunis dans une même paroisse en ville et le rural est différemment travaillé par l’internationalité.

Quelles stratégies pour parler le français et s’intégrer plus facilement ? Au début, les paroissiens ont du mal à nous comprendre mais avec le temps c’est possible ! Chacun fait un petit effort de son côté ! C’est une chance d’appartenir à l’aire francophone et cette expérience est bien plus difficile pour celles et ceux qui doivent faire l’effort de l’apprentissage d’une autre langue.

  1. Changer de regard…

Nous sommes invités à changer de regard. On vit les situations avec nos préjugés et il s’agit alors d’accueillir l’autre : « Qu’est-ce qui t’a aidé à changer de regard ? Une récollection au monastère avec le thème de la compassion et de la souffrance m’a permis d’abandonner mes préjugés. Un autre aspect : je venais d’un pays où il n’y a pas ça ! Dans mon pays d’origine, lors des funérailles, il y a toujours la messe ! Changer sur des façons de voir ! On a besoin de mûrir les changements. »

Fidei donum : Revenir et rester missionnaire 

Enfin, les mots d’un participant redisent l’ambition de ce temps de formation : « Prendre le temps de m’asseoir pour écouter les attentes. Je ne vais pas arriver en connaisseur. Pour écouter, on s’assoit, on ne reste pas debout ! Pour écouter la Parole de Dieu, on s’assoit ! Après, je vais me mettre debout pour aller à la rencontre du peuple de Dieu… Je vais aller danser ! »

Il s’agit de rejoindre une Eglise qui a continué sans nous, avec l’impression de mettre entre parenthèse ce que l’on a vécu ! Une nouvelle mission que l’on reçoit. Rester missionnaire, c’est prendre sa part dans l’Eglise au moment où l’on revient comme on a essayé de la vivre dans une Eglise qui nous accueillait !

P. Elie Delplace, Coordinateur pastoral de la Cellule Accueil

[1] Elles participent respectivement à l’animation du réseau de la Pastorale des migrants et de la Mission universelle de l’Eglise au SNMM

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