Pas de voiture et pas de problèmes !

Carlos Caetano, missionnaire portugais de la Congrégation Scalabrinienne, assure actuellement deux missions confiées par la Conférence des évêques de France : aumônier national des communautés catholiques portugaises de France et directeur du Service National Mission et Migrations. Il témoigne de sa nouvelle vie « sans voiture ».

Le 19 décembre 2019, j’ai pris ma voiture pour aller à Saint-Germain-en-Laye : je m’étais engagé auprès du curé de Saint-Léger à aider aux confessions, sachant que beaucoup de fidèles sont d’origine portugaise.

J’étais à peine entré dans le tunnel de Nanterre-La Défense que la boîte de vitesses a commencé à me causer des soucis.
J’ai essayé de mettre la troisième vitesse, mais elle ne voulait pas passer…
J’ai tenté de rétrograder en seconde et la voiture a fait un bruit strident !
J’ai cherché désespérément de passer la première, mais je n’ai rien pu faire : la boîte de vitesses était en panne, la voiture perdait de la vitesse et dans quelques mètres, elle allait s’arrêter complètement.

Avec mon gilet de sécurité orange, je suis sorti de la voiture pour installer le triangle de signalisation. J’ai alors appelé ma compagnie d’assurance et attendu l’arrivée de la dépanneuse. Il a fallu encore un certain temps avant qu’elle n’arrive et pendant que j’attendais, je me suis mis à réfléchir : « C’est peut-être le bon moment pour renoncer définitivement à la voiture… »

Une réflexion initiée à Lourdes avec les évêques de France

Un mois auparavant, j’avais participé à l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes, où pendant deux jours, nous avions réfléchi au défi de la conversion écologique. La réflexion proposée à Lourdes n’était pas seulement théorique mais enrichie par de nombreux exemples et propositions concrètes. Je suis rentré à Paris très motivé et cherchais activement des moyens pour alléger mon empreinte carbone.

« Pourquoi ne pas profiter de cette panne pour renoncer complètement à la voiture et essayer d’organiser ma vie d’une autre manière ? » C’est la décision que j’ai prise en attendant la dépanneuse. Trois jours plus tard, j’ai vendu la voiture au garage où elle avait été transportée.

Ralentir face à la tentation de l’activisme pastoral

Cela fait 14 mois que j’ai renoncé à ma voiture et depuis lors, je ne peux me souvenir que de deux occasions où j’ai senti, en toute honnêteté, qu’une voiture aurait été très utile. Dans l’ensemble, je peux confirmer qu’un prêtre qui vit et travaille en Île-de-France peut organiser sa vie et ses déplacements en s’appuyant tranquillement sur les transports publics.

J’entends parfois certains Français critiquer sévèrement le système de transport public de la région parisienne. Permettez-moi de partager avec vous mon expérience d’étranger, de migrant, de prêtre missionnaire qui, avant de vivre à Paris, a vécu à Lisbonne, Rome, Bogota et Milan. Les transports publics à Paris ne sont pas parfaits, mais c’est de loin le meilleur service que j’aie jamais connu. Je ne veux pas faire de publicité pour la RATP, mais avec mon passe Navigo en poche, j’ai accès à une variété de solutions dont les autres grandes villes ne peuvent que rêver.

Outre les avantages économiques et écologiques évidents, renoncer à la voiture m’a également permis de repenser la façon dont j’organise ma semaine. Au lieu d’accepter mille rendez-vous, sachant que je peux “sauter” de l’un à l’autre à l’aide d’une voiture, je réfléchis maintenant un peu plus avant d’accepter une invitation, car certains trajets sont légèrement plus longs. Cela peut sembler à première vue un inconvénient, mais ça m’a aidé à ralentir les rythmes frénétiques liés à la tentation – toujours présente – de l’activisme pastoral.

En résumé, la décision de renoncer à une voiture peut être interprétée de plusieurs façons. Pour moi, cela a signifié choisir un mode de vie plus simple, plus sobre et plus écologique. Les premières semaines ont été vécues comme un véritable Carême, où j’ai ressenti le poids du renoncement. Mais bientôt (et pour rester dans le thème…) Pâques est arrivé ! C’est peut-être trop de dire que j’ai découvert une nouvelle vie, mais au moins je peux affirmer que j’ai découvert une nouvelle façon de me balader.

Père Carlos Caetano, cs

Le tunnel de Nanterre-La Défense, lieu d’une conversion écologique pour le Père Carlos Caetano, cs.