Migrants à Paris: Bienvenue à la Maison Bakhita

Le 8 février, nous fêtons Sainte Joséphine Bakhita (1869-1947), esclave soudanaise devenue religieuse en Italie et première sainte africaine ! Visite de la Maison Bakhita, plateforme de soutien du diocèse de Paris aux paroisses, congrégations et associations engagées dans cet accueil.

Ouverte au public le 25 septembre 2021, à l’occasion de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié du lendemain, la Maison Bakhita, située dans le 18ème arrondissement de Paris, est un lieu clair et lumineux, à cinq minutes des campements de la Porte de la Chapelle. Le bâtiment, qui appartient au diocèse de Paris et jouxte la cour d’une école catholique, s’emplit d’un joyeux brouhaha à chaque récréation !

Nous sommes reçues autour d’un café par sa directrice, dans son bureau vitré au rez-de-chaussée, mitoyen de celui de Joël, l’intendant de la Maison. « L’idée est de faire réseau, de donner des moyens et de travailler ensemble. Nous proposons des événements (« Mercredi de la rencontre ») et des formations d’une demi-journée – sur la relation d’aide et d’accompagnement avec les personnes migrantes, par exemple. Nous allons aussi lancer des temps de relecture, à la lumière de l’Evangile. Notre mission est de soutenir ceux qui font déjà et de mobiliser ceux qui ne font pas encore ou de faire changer le regard » explique Isabelle Cauchois.

Le projet a été bien accueilli par la Mairie de Paris et la région Ile-de-France. La directrice tisse petit à petit des liens dans le quartier. Comme avec cet hôtel social qui héberge des femmes migrantes seules avec enfants : les mères pourront bientôt profiter de la cuisine partagée de la Maison Bakhita. Ou encore l’antenne France Terre d’Asile toute proche, qui envoie des élèves aux cours de Français Langue Etrangère (FLE).

45 paroisses parisiennes mobilisées pour les migrants (sur 106)

« Tout un travail collégial avec les partenaires a été mené pour définir ce à quoi doit servir cette Maison ». Sa seconde mission est donc de proposer des actions de formation et d’accompagnement pour les personnes migrantes.

La visite commence au 3ème étage. Après avoir vu les équipements de la future salle informatique, nous dérangeons un cours de FLE auquel participent trois jeunes femmes anglophones. Elles sont coachées par une bénévole énergique qui nous explique qu’elle enseigne 3 fois par semaine et fonctionne en binôme.

Au même étage, l’atelier professionnel Bakhita, créé en 2016 par « Aux Captifs, la Libération », fait travailler huit femmes sorties de la prostitution. « Bakhita, femme courageuse et humble, incarne des valeurs qui ont inspiré l’atelier : la libération de la personne et de ses entraves par le tissage de liens interpersonnels et une progression exigeante dans le travail » peut-on lire sur le site de l’association. Dans une atmosphère calme et concentrée, on pique, on brode, on découpe… sous la houlette de la chef d’atelier. L’une réalise le cortège d’un mariage qui approche ; l’autre, des pochettes ornées d’une croix dorée, commandées par une paroisse.

Les lieux de vie se trouvent au 2ème étage. La crèche, gérée par Auteuil Petite Enfance (Apprentis d’Auteuil) emploie 5 salariées. 7 places sont attribuées par la Mairie du 18ème. Les 6 autres sont réservées aux mères qui participent aux activités de la Maison. L’objectif étant d’arriver, dans quelques années, à la mixité sociale.

Plus loin, une grande salle meublée de canapés et de tables sert de lieu de détente. Elle donne sur la cuisine, dont on voit l’équipement professionnel à travers la verrière. « La cuisine est un langage universel, rappelle Anthony dont l’association « SAWA » (Ensemble, en arabe) assure une formation cuisine en huit semaines. Nous cherchons à valoriser la culture des migrants et à favoriser leur intégration ». La cheffe Jennyfer pilote cinq femmes et un homme pour le repas qui sera servi aux personnes présentes dans la Maison ce jour-là. La matinée aura convaincu une autre jeune cheffe professionnelle de rejoindre l’équipe. Un soulagement pour Anthony qui cherche à garantir à cette première « promotion de passionnés » un cours hebdomadaire avec un chef. A bon entendeur !

Une proposition de l’Eglise catholique à Paris 

La Maison Bakhita peut compter sur deux salariés (directrice et intendant) et 80 bénévoles. « Une petite équipe gère leur recrutement. Début décembre, il restait 80 autres profils à contacter. Je n’ai pas encore eu le temps de faire campagne et de prospecter » reconnaît la directrice de la Maison dont la notoriété est déjà « appelante ».

Ainsi, au bureau de l’espace accueil, Catherine, paroissienne de Saint-Jacques-Saint-Christophe de la Villette (19ème) se dit « très heureuse ici ». La bénévole témoigne des nombreuses attentes d’un public que « personne ne voit et personne n’écoute ». « Dans leurs malheurs, la Maison Bakhita est un lieu de répit. On n’offre ni logement ni travail mais on les entoure pour tout le reste » confirme-t-elle.

« La troisième mission de cette maison est d’être un lieu fraternel, un lieu de vie chrétien, conclut Isabelle. Deux soeurs missionnaires scalabriniennes habitent au 4ème étage : Sr Federica, italienne, et Sr Marlene, brésilienne, sont de la même congrégation que les pères de l’église St-Bernard de la Chapelle1. Nous avons aussi un aumônier, le Père Michel Callies ». Dans la chapelle au mobilier récupéré, les religieuses animent chaque matin un temps de prière.

Sr Marlene, 54 ans, est arrivée en France l’été dernier, après avoir vécu six ans à Rome (Italie) et travaillé treize ans à São Paulo (Brésil), dans des maisons d’accueil pour migrants. « Une disponibilité totale », c’est l’originalité de la mission partagée avec Sr Federica, qu’elle ne connaissait pas avant : elles apportent leur soutien à toutes les activités. « Nous sommes chargées de l’accompagnement et de l’animation spirituels. Il y a aussi une partie écoute et accueil » résume-t-elle avec un accent chantant. Et cette présence ne s’arrête pas le week-end car elle va au Café solidaire du samedi matin à la paroisse St-Denys-de-la-Chapelle (18ème). « Sœur, prie pour moi » lui demandent souvent les migrants, même musulmans ! Pour elle, cette Maison représente aussi « un espace de liberté religieuse ».

Sr Marlene est touchée par l’histoire de Joséphine Bakhita car « malgré la souffrance de la migration, elle n’a pas perdu l’espérance et maintenu son regard tourné vers l’avenir ». Isabelle, elle, lisait le roman de Véronique Olmi (Ed. Albin Michel) quand elle a décidé de postuler pour cet emploi. Elle se dit impressionnée par le parcours de résilience et de pardon de cette femme qui l’accompagne désormais chaque jour.

Maria Mesquita Castro et Claire Rocher (SNMM)

1 Congrégation des Missionnaires de Saint Charles (Scalabriniens)
« Accueillir, Protéger, Promouvoir et Intégrer » en 4 pôles 

Le Pôle intégration comprend alphabétisation et cours de français, accompagnement vers l’emploi, atelier sur la rencontre interculturelle. Le Pôle compétences regroupe couture, cuisine, informatique, et bientôt bricolage. Le Pôle socio-culturel englobe théâtre, sport, peinture et musique. Un Pôle santé propose des consultations psychologiques et médicales, liées aux traumatismes de l’exil.

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