Retour « au pays des Blancs », à Toulouse

Missionnaire dans le diocèse de Libreville (Gabon) pendant douze ans, P. Jean-Charles Demelle, 66 ans, a rejoint le service de la Mission universelle de son diocèse de Toulouse. Il veille désormais à l’accueil des prêtres « venus d’ailleurs ». #2èmeDimancheAvent #RetourAuPays

Me voici à présent définitivement rentré à Toulouse, ville devenue comme beaucoup, universelle… Et pourtant, après 3 séjours au Gabon en qualité de prêtre Fidei Donum, totalisant douze années de mission, je reste en même temps profondément attaché à cette troisième famille que le Seigneur m’a donnée.  Car j’ai eu la grâce de connaitre une autre famille tellement attachante, à sa façon, lors de mon envoi au service du diocèse de Libreville, entre 2003 et 2021, dans successivement 5 paroisses, dont 2 en fondation !

Aujourd’hui, « enrichi » et « paisible »

Pour moi, le rapport au temps n’est plus le même. L’Occidental que je suis a tout d’abord subi, en début de mission, ce que je considérais comme de l’insouciance ou une absence de projets, dans ce pays d’Afrique Centrale pourvu de pétrole, d’uranium, d’or, de manganèse…, riche de son bois et où toute l’année sont possibles la chasse, la cueillette et la pêche. J’ai accueilli ensuite avec reconnaissance cette conversion et ai fini par admettre que la problématique de la Fable « La cigale et la fourmi » n’était pas transposable pour 80% de la population qui vit au jour le jour, avec 5.000 francs CFA (± 10 €) – quand une famille compte en moyenne 5 personnes, bien souvent à la charge d’une « maman », la plupart du temps seule. J’ai aussi fini par ne plus vouloir employer : « être à l’heure/en retard », « vite », « stressé », et ne plus calquer mon être sur ces expressions. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit : « Vous, les Blancs, vous avez la montre. Nous, on a le temps… » J’ai appris à goûter l’instant présent, chaque rencontre. Les fêtes, très nombreuses, en ont pris une saveur toute particulière !

Ni touriste ni étranger en rentrant au pays

La France m’a façonné pendant les cinquante premières années de ma vie. J’ai gardé des contacts très proches avec toute ma famille. J’y ai des amis fidèles, des repères… Entre chacun de mes séjours au Gabon, j’y ai passé des périodes suffisantes pour suivre les évolutions. Enfin, rentrant d’un pays francophone, dont la population est très diversifiée (1 million de Gabonais et 1 million d’étrangers, pour la plupart venant d’autres pays d’Afrique – Libanais, Français, Chinois…) et qui magnifie la France pour être le pays des Droits de l’Homme et de Notre-Dame de Lourdes (Quelle paroisse de Libreville et du Gabon n’a pas sa grotte de Massabielle !), comment aurais-je pu ne pas me sentir chez moi ? Mais combien il apparait incompréhensible d’entendre de retour dans son pays les uns et les autres se plaindre sans cesse, et aussi critiquer l’Eglise catholique ! Bien sûr, il y a encore beaucoup d’injustice et de problèmes à résoudre, en France et en tous lieux. Et l’Eglise jusqu’au plus haut niveau de sa hiérarchie vient de reconnaître de graves manquements… Mais que ces personnes aillent donc passer quinze jours dans n’importe quelle paroisse du Gabon ou d’Afrique ! Elles se rendront compte que matériellement, la France est un paradis. Seuls les Français se considèrent, à les entendre, en enfer. Et l’Eglise Catholique est l’une des seules institutions sur laquelle les plus démunis peuvent compter, sans discrimination d’aucune sorte.

Enrichi par les apports d’une culture autre

L’initiation aux rites africains m’a notamment aidé à comprendre cette phrase de Jésus à propos de Jean-Baptiste et que nous lirons le 3ème Dimanche de l’Avent : « Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » (Mt 11,11). Jean le Baptiste est le plus grand des enfants des hommes, car « le salut vient des Juifs » (Jn 4,22). Jean, parmi tous les sages de l’humanité, y compris les sorciers africains, parachève les prophètes juifs (cf. Rm 9,4-5) et désigne le Messie comme l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, c’est-à-dire l’ensemble de nos égarements. Mais le plus petit dans le Royaume bénéficie de la grâce d’être réconcilié définitivement par le libre sacrifice du Christ qui, sur la croix, lui a pardonné et l’a racheté, et lui permet donc de rejoindre, librement, le « festin des Noces de l’Agneau », les Epousailles entre le Christ et l’Humanité, sa Fiancée pour qui il a donné sa vie et qui, grâce à l’œuvre du Fils sur la terre comme Rédempteur, a pu transmettre la vie.

C’est dans cette Espérance, motivante, que je souhaite m’inscrire désormais : mettre en communion tous les hommes par le pardon et la réparation dans toutes les dimensions de leur vie personnelle et sociale, de façon à tous nous retrouver dans la joie éternelle du Père en fêtant les Noces de son Fils dont nous serons, dans l’Esprit, l’Epouse.

P. Jean-Charles Demelle

Ce que je retiens de Noël au Gabon

De même que durant les grandes vacances scolaires, correspondant à la saison sèche, les paroisses organisent « Vacances pour Tous avec Jésus » , durant les vacances de la petite et relative saison sèche lors des Fêtes de fin d’année, est organisé « Noël pour Tous » où tous les enfants, notamment des familles démunies de la paroisse, reçoivent leurs cadeaux de Noël, accompagnés d’animations, de spectacles et des célébrations marquant la naissance du Sauveur. Même la Présidence de la République s’y associe. Noël, fête des humbles et des petits est la Fête de tous les hommes de bonne volonté. Les enfants, signes du Royaume, y ont la première place.

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