« Plus jamais de morts aux frontières »

La Conférence épiscopale espagnole réagit aux événements de vendredi 24 juin 2022 à Melilla, enclave espagnole au Maroc.

Note de la Sous-commission épiscopale pour les migrations et la mobilité humaine

Hier 24 juin, 19 personnes ont perdu la vie du côté marocain de la clôture de Melilla et 76 ont été blessées, dont 13 gravement. Il y a aussi des blessés parmi les membres des forces de sécurité marocaines et espagnoles. Au moins 133 personnes, en majorité des Soudanais fuyant la guerre et la famine, sont arrivées au Centre de séjour temporaire pour Migrants (CETI) de la ville autonome. Où 49 agents et 57 migrants ont aussi été blessés, de source officielle, du côté espagnol.

Devant la gravité de ces faits qui s’ajoutent à d’autres déjà survenus par le passé à Ceuta et à Melilla, nous, évêques responsables de la Sous-commission épiscopale pour les migrations et la mobilité humaine de la conférence épiscopale espagnole :

Déplorons vivement les pertes en vies humaines et souhaitons le prompt rétablissement des blessés. Nous exprimons également notre solidarité et notre proximité à leurs familles et amis.

Nous solidarisons avec l’inquiétude des habitants des villes frontières, et remercions l’Église diocésaine de Malaga pour son accompagnement des migrants et des réfugiés, tout en faisant nôtre le communiqué de la délégation « migrations » de ce diocèse.

Souhaitons que les autorités compétentes contribuent à l’établissement des faits et à la prise des mesures opportunes pour qu’ils ne se reproduisent pas.

Devant les différentes interprétations de ces événements violents, nous invitons à les contextualiser dans une perspective humanitaire où, si nous comprenons la nécessaire régulation des flux migratoires, nous devons également considérer la situation critique et la misère dans laquelle des milliers de migrants subsahariens sont entassés de l’autre côté de la frontière espagnole. Ce ne sont pas des « envahisseurs », ce ne sont que des êtres humains qui cherchent à rejoindre l’Europe, fuyant les guerres actives (57 dans le monde, dont 30 en Afrique) et la famine, aggravée par les conséquences de la guerre en Ukraine, ainsi que la sécheresse et les fléaux causés par le changement climatique. Face à ce drame humanitaire, nous proposons de ne pas tomber dans une utilisation partisane et démagogique du défi complexe de la migration, et d’analyser ce drame humanitaire dans la perspective de la Doctrine sociale de l’Église.

Comme l’Église l’a déclaré dans les forums européens et internationaux, nous rappelons qu’il faut humaniser et mettre en œuvre de nouvelles politiques migratoires qui tiennent compte de la gravité de la pression migratoire. Par exemple, l’Espagne manque de lieux ou de ressources pour délivrer des visas dans de nombreux pays africains d’où proviennent des milliers de migrants qui pourraient demander une protection internationale. L’Église milite sur tous les continents pour contribuer à sauver des vies, accueillir et protéger les migrants. Nous avons besoin d’une migration ordonnée par des voies légales et sûres, ainsi que d’une coopération au développement avec les pays qui souffrent de la guerre, des conflits et de la famine. L’externalisation et la militarisation des frontières ne suffiront pas à mettre fin aux problèmes et aux causes qui provoquent la mobilité de millions de migrants, de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde. Nous invitons donc à prendre des mesures pour humaniser, analyser et affronter cette nouvelle crise à partir de la nécessité de protéger tout être humain et d’établir de toute urgence des voies d’accès légales et sûres.

Mgr Juan Carlos Elizalde Espinal, Président

Mgr Luis Quinteiro Fiuza

Mgr José Antonio Satué Huerto

Mgr José Cobo Cano

Mgr Ciriaco Benavente Mateos

Traduit de l’espagnol par Annie Josse (SNMM)

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