Liban : « Il convient d’identifier les besoins fondamentaux, qui sont au moins au nombre de deux, l’école et l’hôpital »

Statue de Notre-Dame du Liban, Harissa, Liban, Moyen Orient.

Tribune de Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient, publiée dans Le Monde du 4 août 2021, un an après l’explosion du port de Beyrouth, au Liban.

Tribune. Le Liban doit être sauvé. Par les Libanais d’abord, par la communauté internationale aussi.

Imaginons un instant qu’il n’en soit pas ainsi. La violence finirait par surgir dans la rue, permettant aux plus violents de se déchaîner. Les pays de la région, Israël, l’Arabie saoudite, la Syrie, l’Iran, trouveraient prétexte à intervenir, faisant une nouvelle fois du Liban l’objet de tensions régionales et, bientôt, mondiales. L’exode des élites serait intense. La preuve de l’existence pacifique entre sunnites, chiites, chrétiens et druzes serait bafouée. La liberté religieuse et la pleine citoyenneté pour tous, dont seul le Liban bénéficie dans le monde arabe, apparaîtraient comme un échec, décourageant tous ceux qui luttent pour la liberté. Le risque d’une crise majeure, de dimension mondiale, n’est donc pas inenvisageable.

Les dirigeants politiques s’étaient engagés devant le président Macron sur un plan d’action issu d’un accord verbal des responsables, et non issu d’une feuille de route imposée par la France comme on l’a trop dit. Aujourd’hui les dirigeants apparaissent comme des menteurs et des incapables.

Désespérance

Il serait impensable que la communauté internationale leur fasse confiance pour remettre entre leurs mains les moyens d’un redressement, dont pourtant le Liban a le plus grand besoin. Cela ne servirait qu’à enfoncer davantage le pays et serait vécu par la population comme une insulte. Les Libanais ont le droit d’être respectés.

Et pourtant il est urgent d’agir. Un voyage récent dans la région m’a montré à quel point la désespérance des Libanais est profonde, avec les dérives et les instrumentalisations qu’elle peut engendrer. Il faut poser des gestes concrets, symboliques et significatifs. Des gestes qui redonnent l’espoir aux nouvelles générations libanaises et enrayent le désir de l’exil, redressant les jeunes adultes, leur donnant le désir d’avancer, d’aimer leur pays et de se mettre à son service.

Il convient d’identifier les besoins fondamentaux, qui sont au moins au nombre de deux : l’école et l’hôpital, qui sont au service de tous et qui marquent la vie sociale libanaise, lui permettent de tenir.

L’école, importante pour elle-même, porte un enjeu plus grand encore en étant vraiment le lieu de la vie sociale entre toutes les communautés religieuses. Et en cette période de crise sanitaire aiguë, l’hôpital marque le souci des plus fragiles. Or l’Etat libanais, Etat failli, a négligé de payer la part qui lui revient à ces deux institutions.

Redonner le goût des initiatives

Il conviendrait de créer au Liban de toute urgence une agence sous statut international, à laquelle les autorités locales ne sauraient s’opposer, qui pourrait enregistrer les créances de ces établissements sur l’Etat libanais ces trois dernières années, et les honorer en lieu et place de l’Etat libanais.

Les fonds concernés seraient importants mais pas considérables, surtout face aux défis qu’il faut surmonter. Une telle action susciterait une immense sympathie de la population, un fonctionnement de deux institutions de base, une circulation minimum de devises étrangères nécessaires, une inquiétude des chefs politiques qui pourraient craindre le début d’un contournement. Un début de redressement qui pourrait redonner le goût des initiatives à une population qui est aujourd’hui comme hébétée devant la crise dont l’explosion du port de Beyrouth [le 4 août 2020] a été le point d’orgue.

La République française est en première ligne pour aider les écoles, soit directement, soit en collaboration avec L’Œuvre d’Orient. L’Eglise aussi ne ménage pas sa peine. Il est encore temps de créer des ponts directement avec la société civile par-dessus la paralysie de l’Etat. Un réveil est possible. Mais cela ne durera pas éternellement. Le temps est compté.

Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de L’Œuvre d’Orient

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