Brésil : « La gravité du second tour des élections de 2002 »

Le groupe d’évêques catholiques brésiliens appelé « Évêques du dialogue pour le Royaume » a publié une lettre concernant le 2ème tour des élections au Brésil qui aura lieu dimanche 30 octobre.

Frères et sœurs,

Nous sommes des évêques de l’Église catholique de diverses régions du Brésil, en profonde communion avec le pape François et son magistère et en pleine communion avec la Conférence nationale des évêques du Brésil, la CNBB, qui, dans l’exercice de sa mission évangélisatrice, défend toujours les petits, la justice et la paix. Nous avons mené la rédaction d’une première Lettre au Peuple de Dieu, en juillet 2020. Face à la gravité du moment actuel, nous nous adressons de nouveau à vous.

Le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2022 nous place devant un défi dramatique. Nous devons choisir, de manière consciente et sereine, car il n’y a pas de neutralité quand il s’agit de décider sur deux projets du Brésil, l’un démocratique et l’autre autoritaire; l’un engagé dans la défense de la vie, à partir des pauvres, l’autre engagé dans « l’économie qui tue » (Pape François, La joie de l’Évangile, 53); un qui prend soin de l’éducation, de la santé, du travail, de la nourriture, de la culture, un autre qui méprise les politiques publiques, parce qu’il méprise les pauvres. Les deux candidats ont déjà gouverné le Brésil et ont donné des résultats différents pour le peuple et pour la nature, résultats que nous pouvons analyser. Éclairés par les exigences sociales et politiques de notre foi chrétienne et de la doctrine sociale de l’Église catholique, nous devons parler clairement et directement de ce qui est réellement en jeu en ce moment. Jésus nous a commandé d’être « la lumière du monde » et la lumière ne doit pas être cachée (Mt 5,15).

Nous sommes témoins que le gouvernement actuel, qui cherche à être réélu, a tourné le dos à la population la plus nécessiteuse, surtout en période de pandémie. Juste à la veille de l’élection, il a lancé un programme temporaire pour aider les nécessiteux. La 59e Assemblée générale de la CNBB a constaté « l’insouciance alarmante envers la Terre, la violence latente, explicite et croissante, renforcée par l’assouplissement de la possession et du port d’armes […]. Entre autres aspects de ces temps, il y a le chômage et le manque d’accès à une éducation de qualité pour tous. La faim est certainement la plus cruelle et la plus criminelle d’entre elles, car l’alimentation est un droit inaliénable » (Message de la CNBB au peuple brésilien sur le moment actuel). La vie n’est pas une priorité pour ce gouvernement.

Le chef du gouvernement et ses partisans, principalement politiques et religieux, ont abusé du nom de Dieu pour légitimer leurs actions et l’utilisent encore à des fins électorales. L’utilisation du nom de Dieu en vain est un manque de respect envers le 2ème commandement. L’abus de la religion à des fins électorales a été condamné dans une note officielle de la présidence de la CNBB (10/11/2022), pour laquelle « la manipulation religieuse déforme toujours les valeurs de l’Évangile et détourne l’attention des vrais problèmes » qui doivent être débattus et affrontés dans notre Brésil ».

En disant « Dieu avant tout », le Président a offensé les femmes, s’est moqué des personnes qui sont mortes étouffées, en plus de ne montrer aucune compassion pour les presque 700 000 vies perdues à cause du covid-19 et les 33 millions de personnes affamées dans son pays. Nous vous rappelons que le Brésil était sorti de la carte de la faim en 2014, à la suite des programmes sociaux des gouvernements précédents. Dans la pratique, cet appel à Dieu est un mensonge, car il n’accomplit pas ce que Jésus a présenté comme le plus grand commandement : aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même (Mt 22, 37). Quiconque dit aimer Dieu mais déteste son frère est un « menteur » (1 Jn 4, 20).

Les discours et les mesures visant à armer tout le monde et à éliminer les opposants sont en contradiction aussi bien avec le 5e commandement, qui dit « tu ne tueras pas », qu’avec la Doctrine sociale de l’Église, qui propose le désarmement et dit que « l’énorme augmentation des armes représente une grave menace pour la stabilité et la paix » (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, 508).

Nous avons vécu quatre ans sous le règne du mensonge, du secret et des fausses informations. Les fake news (fausses nouvelles véhiculées comme si elles étaient vraies) sont devenues la forme « officielle » de communication du gouvernement avec le peuple. Cela blesse le 8ème commandement de ne pas porter de faux témoignages, mais cela montre aussi qui est le vrai « seigneur » de ceux qui, perversement, se consacrent à répandre des mensonges et à cacher des informations d’intérêt public. Jésus dit que le diable est le père du mensonge (Jn 8, 44), tandis qu’Il est le « chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

Le message au peuple brésilien de la 59e Assemblée générale de la CNBB nous a également avertis que « notre jeune démocratie doit être protégée par un large pacte national ». Cependant, le gouvernement actuel et les parlementaires qui le soutiennent menacent de modifier la composition de la Cour suprême fédérale pour créer une majorité de soutien à ses actes. Le contrôle des pouvoirs législatif et judiciaire a toujours été une étape déterminante pour l’implantation des dictatures dans le monde.

Les chrétiens ont la capacité d’analyser lequel des deux projets en concurrence est le plus proche des principes humanistes et de l’écologie intégrale. Il suffit d’analyser avec des données et des chiffres et de se demander : lequel des candidats concurrents a le plus valorisé la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté et la misère et lequel a retiré des fonds du SUS, de l’éducation et mis fin aux programmes sociaux? Qui a pris soin de la nature, en particulier de l’Amazonie, et qui a encouragé la destruction des forêts par le feu, le trafic illégal de bois et le minage des terres indigènes?

Il ne s’agit ni d’un conflit religieux, ni d’un simple choix de parti, ni d’un choix de candidat parfait, mais d’une décision sur l’avenir de notre pays, de la démocratie et du peuple. L’Église n’a pas de parti et n’aura jamais de parti, mais elle prend parti et elle sera toujours du côté de la justice et de la paix, de la vérité et de la solidarité, de l’amour et de l’égalité, de la liberté religieuse et de l’État laïc, de l’inclusion sociale et du bien-vivre pour tous. Par conséquent, ses ministres ne peuvent pas ne pas prendre position, quand il s’agit de défendre la vie de l’être humain et de la nature. Notre motivation est éthique et ne découle ni de suivre un leader politique, ni de préférences personnelles, mais de la fidélité à l’Évangile de Jésus, à la doctrine sociale de l’Église et au magistère prophétique du pape François.

Que Dieu bénisse le peuple brésilien et que le Saint-Esprit de sagesse et de vérité illumine nos esprits et nos cœurs au moment du vote de ce deuxième tour des élections de 2022. Regardons Jésus sur le visage de chaque personne, en particulier des pauvres qui souffrent et non des autorités humaines qui les manipulent au nom d’un projet idéologique de pouvoir politique et économique.

Les évêques du Dialogue pour le Royaume

Le 24 octobre 2022, Mémoire de saint Antoine Marie Claret, évêque.

Traduit du portugais par E. Croc (bénévole SNMM), relu par Xavier Plassat, op.

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